2ème Rapport sur l’élection Présidentielle

2ème Rapport sur l’élection Présidentielle

6 avril 2016 Rapports 0

 

Dans le cadre de notre mission d’observateurs nationaux des élections (ONE), nous avons mené des enquêtes approfondies au sein du collège électoral dans la ville de Djibouti (5 arrondissements) et dans les 5 chefs-lieux des régions de l’intérieur et quelques sous-préfectures (3 au Nord et 4 au Sud) et ce, du 26 Mars au 4 Avril 2016, et nous avons fait les constats suivants :

_ Les cartes électorales n’ont pas été remises à leurs titulaires dans les régions d’Obock, de Tadjourah et une grande partie de la région de Dikhil mais aux chefs des tribus.

Nous avons  le regret de constater le manque de coopération des autorités administratives des centres visités qui ne comprenaient pas la raison de notre présence et de notre mission.

 

  1. Campagnes

Une cinquantaine de voitures toutes neuves auraient été achetées pour la campagne de 2016 par l’UMP.

_ Le candidat de l’UMP, Mr Ismail Omar Guelleh, Président sortant a mené une campagne intense, soit à travers des directeurs régionaux de sa campagne sur l’ensemble du pays.

Chaque région de l’intérieur avait un directeur secondé par une équipe composée de personnes originaires du secteur.

Les moyens utilisés étaient immenses, les voitures administratives sont employées pour transporter les sympathisants de l’UMP d’un coin à l’autre. Nous avons relevé parfois que les personnels des services publics furent convoqués à la Corniche ou au Club Hippique pour écouter et applaudir le Président Candidat. Il fut de même pour les secteurs privés et les syndicats des travailleurs. Contrairement à l’usage qui veut que ça soit le Candidat qui aille vers les électeurs pour solliciter leurs adhésions à son programme, ce fut l’inverse.

 

_ Le programme du Président candidat se résume à un dépliant dans lequel s’étalent les promesses d’Ismail Omar Guelleh pour les 5 prochaines années.

Quant aux intervenants dans les meetings et à la RTD, le leitmotiv qui revient souvent était « c’est le peuple qui a obligé IOG à rester à la Présidence, donc il faut voter massivement en sa faveur ». Les pancartes à son effigie sont partout dans la Capitale et dans les régions de l’intérieur. Parfois l’on se demande s’il y a d’autres candidats pour cette élection Présidentielle.

A la RTD, les 60 minutes du candidat IOG ont été vite épuisées, mais cela ne pose aucun problème à ce que ce temps soit prolongé. Avec tous les moyens étatiques au service de sa campagne électorale, le Président candidat peine à faire adhérer les Djiboutiens à son programme.

Les Djiboutiens sont sidérés d’apprendre que leur propre pays est émergent alors que la réalité est tout autre. Le chômage parmi la population active, touche un pourcentage élevé de la jeunesse.   A part des promesses vagues, IOG ne propose aucune stratégie pour réduire le chômage.

La cherté de la vie qui constitue l’une des préoccupations majeures du peuple, n’est nullement abordée,  il s’agit de l’électricité, des denrées de première nécessité etc…

La chute de la qualité de l’éducation, la situation de la Santé Publique, l’inaccessibilité de la justice aux citoyens ordinaires, la corruption, les détournements des deniers  publics par des responsables politiques et administratifs, autant des problèmes qui minent la confiance du peuple semblent être occultés par le Président candidat.

_ La nouveauté remarquée est l’absence des membres du gouvernement dans le déroulement de cette campagne de l’UMP à part un seul à savoir Mr Mahamoud Ali Youssouf, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale. Est-ce un aveu d’échec pour ce gouvernement ? Si c’était le cas, comment expliquer que le chef du Gouvernement a brillé et brillera ?!

 

  1. Les 2 candidats de l’USN

 

  1. Mohamed Daoud Chehem

_ Mr Mohamed Daoud Chehem 1er  candidat de l’USN, est un ancien opposant politique enfermé à Gabode à 2 reprises  en 1991 et 1997.

Ancien directeur des finances, il a débuté sa campagne électorale dans le district d’Ali-Sabieh.

Sa campagne est centrée sur le désir de changement du peuple exprimé en février 2013. Selon  lui, la présence de 2 candidats au nom de l’USN à l’élection présidentielle ne veut pas dire qu’il ya une confrontation  au sein de l’USN mais c’est la démocratie et c’est tout à fait normale cette double présence.

La campagne de MDC manque de profondeurs, aucune solution des problèmes quotidiens des Djiboutiens n’est envisagée, ses propositions sont superficielles et timides. MDC est plutôt un homme des dossiers, sa campagne électorale attire peu de foule.

 

  1. Omar Elmi Khaireh

_ Mr Omar Elmi Khaireh a rejoint l’USN après la proclamation des résultats des élections législatives du 22 février 2013. Président du CDU, OEK avait présenté sa propre liste aux législatives de 2013.

Il est le deuxième candidat qui se réclame de l’USN. Sa campagne se concentre dans la Capitale, il s’est peu déplacé dans les régions de l’intérieur.

Mr Omar Elmi Khaireh mene une campagne de proximité et faute des moyens limités, il a de la peine à intensifier sa campagne. A part ses critiques contre la gestion actuelle du pays par l’UMP, ses propositions pour l’alternance qu’il prône sont pratiquement insignifiantes. Il met souvent en garde le Pouvoir  pour éviter les fraudes dont il est sûr que les concurrents d’IOG feront les frais. Il réserve ses attaques sur la concentration de tous les pouvoirs entre les mains du Président de la République. S’il est élu Président le 08 Avril 2016, il promet la proclamation de la 2ème République avec un Premier Ministre chef du gouvernement. Ce qui suppose une reforme de la constitution du pays.

  1. Hassan Idriss Ahmed

La campagne de ce candidat indépendant a eu peu d’impact sur le peuple djiboutien car Mr Hassan Idriss Ahmed est un inconnu de la scène politique djiboutienne. Sans aucun passé en politique à part son passage à Bruxelles en qualité d’Ambassadeur dans les années quatre-vingt, Mr HIA est un inconnu ce qui constitue un sérieux handicap pour sa candidature.

 

Le poids plume de cette campagne électorale est sans nulle doute Mr Hassan Idriss Ahmed.             Son programme politique pour accéder  à la magistrature suprême du pays s’appuie sur l’état des lieux des institutions étatiques et les solutions préposées manquent de cohérence.                               Ses discours lors des meetings sont peu convaincants. La politique n’étant pas le football, la chance a peu de place en politique.

 

  1. Mohamed Moussa Ali dit Tourtour

C’est un vieux routier du paysage politique du pays. Dés 1985, il a affiché son opposition à la façon dont le pays était dirigé. C’était sous le premier président du pays Mr HASSAN GOULED APTIDON.

MOHAMED MOUSSA ALI a fait plusieurs séjours de privation de liberté ; ainsi il a été détenu dans plusieurs camps militaires du Nord du pays dans les années 80.

Sa rentrée en campagne électorale a été fracassante car il a demandé un débat radiotélévisé qu Président sortant. Il a réitéré sa demande une deuxième fois.

Apparemment sa demande est restée sans réponse. Lors de son premièr meeting tenu le 3 Avril devant le stade Gouled, le discours de MOHAMED MOUSSA TOURTOUR à été censuré et ce, au mépris de son droit en qualité de candidat à l’élection présidentielle du 8 Avril. Son programme étalé sur 11 points s’avéré limité mais sa forte personnalité donne un tonus à la campagne chaque fois qu’il est à l’antenne de la RTD.

MOHAMED MOUSSA TOURTOUR par son éloquence déstabilise l’UMP car il s’adresse directement au Président sortant qui refuse de l’affronter dans un débat télévisé. Ses discours populistes touchent surtout les jeunes et les déshérités qu’il déclare représenter à l’élection présidentielle.   

 

 

  1. Djama Abdourahman Djama

Le candidat indépendant Mr Djama Abdourahman Djama est le fils d’un célèbre syndicaliste assassiné après le referendum de 1967.

Ancien notaire, Mr DJAMA ABDOURAHMAN est un opposant notoire au régime djiboutien depuis longtemps mais son manque de charisme handicape sérieusement sa campagne électorale, le staff qui l’entoure semble essoufflé pour prendre l’envol que souhaite Mr DJAMA ABDOURAHMAN.

Son programme politique sur l’alternance manque de profondeurs et les solutions attirent peu d’auditeurs. Comme les 4 autres candidats (à part le Président sortant) Mr DJAMA est limité par le plus des moyens qui se répercute sur sa campagne électorale. Il met en garde tout un chacun sur les fraudes et appelle au respect des suffrages issus des bureaux des votes et à la publication des résultats immédiatement après les fermetures des bureaux.

 

Conclusions

Contrairement à celles de la Capitale les cartes des électeurs des régions de l’intérieur ne sont pas tamponnées d’avance mais la question qui se pose est : ces cartes seront-elles distribuées aux vrais titulaires ?

Car dans les régions du Nord et du Sud ouest, ce sont les notables (chefferies traditionnelles) et les militaires qui votent à la place et lieu de la population civile dont l’avis compte peu pour ne pas dire nul, auprès du Pouvoir Central de ce pays.

Officiellement la population djiboutienne est estimée à 900 000 personnes.

Le Ministre de l’Intérieur a annoncé que le nombre d’inscrits sur la liste électorale est de 180 000.

Donc cela veut dire que 720 000 personnes et plus n’ont pas atteint l’âge de voter ou ne sont pas inscrits sur la liste électorale.

Pourquoi et comment cela est-il possible ?

Il est impensable que 80% de la population djiboutienne ne vont pas participer à l’élection présidentielle du 08 Avril 2016.

Depuis Avril 1999, un nombre croissant de djiboutiens résidants à l’étranger votent toujours en faveur de Mr ISMAIL OMAR GUELLEH. Quelle crédibilité fait-on accorder à un tel vote qui se passe dans des Ambassades sous contrôle de l’ETAT ?

Les cartes qui ont été retirées dans la Capitale sont convoitées par les membres de l’UMP qui veulent s’assurer que les titulaires de ces cartes voteront pour ISMAIL OMAR GUELLEH et tous les moyens sont utilisés pour aiguiller ces électeurs. En quelque sorte l’achat des consciences a commencé.

Les djiboutiens sont totalement dégoûtés de la politique car l’UMP ne répond plus aux aspirations des djiboutiens et quant à l’opposition morcelée et pauvre, elle est partie en campagne pour cautionner la réélection d’I.O.G.

 

 

 

RTD, la NATION et AL QARN

La République de Djibouti ne dispose qu’une seule radio, une seule télévision, un seul journal en français et arabe, le tout sous l’autorité du Ministère de la Communication.

L’absence des radios, télévisions et des journaux qui échappent au contrôle de l’ETAT est flagrante et le monopole de la seule RTD est néfaste à la liberté d’expression des djiboutiens et le constat fait au cours de la campagne électorale pour l’élection présidentielle prévue le 08 Avril 2016, n’est pas fameux car le traitement privilégié et la couverture médiatique pour le Président-Candidat ont largement dépassé les 60 minutes réservées à chaque candidat pour cette élection.

Comme partout en Afrique, les medias officiels sont au service du Pouvoir avant d’être des institutions au service du Public. Ailleurs les médias sont considérés comme le quatrième pouvoir. A Djibouti la chasse aux journalistes indépendants a conduit à la disparition de plusieurs journaux libres créant une situation où aucune source d’information indépendante n’est disponible.

Tous les candidats à part le Président sortant nous ont déclaré que la RTD s’est avérée la voix du régime et que les 5 candidats de l’opposition n’ont pas eu la couverture médiatique qu’ils méritaient et souvent leurs discours lors des meetings étaient censurés. Tout cela a conduit à ce que leurs campagnes soient occultées et n’ont pas pu toucher un large public.

La démocratie a besoin d’un pluralisme des médias sinon elle ne peut être qu’au rabais.

Nous avons appris que seule la télévision AFRICA24 a été invitée et autorisée a couvrir l’élection Présidentielle du 08 Avril 2016 à Djibouti. Cette préférence donne lieu à des suppositions car nous savons que des journalistes de la BBC et Financial Times ont étés arrêtés puis expulsés. D’autres se sont vus refusés les visas d’entré. Comme le Gouvernement français soutien le régime djiboutien, les medias français sont absents pour la couverture de cette élection; il est vrai que l’aspect sécuritaire et la position géostratégique de Djibouti l’emportent sur la démocratie et les Droits Humains contrairement aux déclarations des circonstances des officiels français.

 

 

 

 

L’Insécurité

La liberté de circulation des candidats de l’opposition n’a pas été totale. Ainsi OMAR ELMI KHAIREH, candidat de l’USN et sa délégation ont été bloqués durant plusieurs heures au PK23 le 4 Avril quand ils étaient en partance pour la ville de DIKHIL.

Le candidat MOHAMED MOUSSA ALI dit TourTour nous a déclaré qu’il a reçu des visites nocturnes de deux individus et qu’il a été contraint de quitter sa demeure et se loger dans un hôtel.

_ Les électeurs Djiboutiens ont boudé les retraits des cartes surtout dans la Capitale. Donc la grande inconnue de cette élection est sans aucun doute le taux d’abstention. Si l’abstention est forte alors que le nombre  d’inscrits est de 20% de la population, quelle sera la crédibilité de cette élection ?!

 

 

Missions d’Observateurs

Les observateurs de la ligue Arabe, de l’IGAD, de l’OCI et enfin de l’Union Africaine sont arrivés et se sont déployés. Nous allons revenir sur leur travail dans notre prochain rapport.

Enfin, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) n’a reçu aucune réponse de ses multiples requêtes d’Agrément pour être inscrite au titre d’Observateur National pour l’élection présidentielle du 08 Avril 2016.

 

 

 

 

Pour La LDDH

Le Président

Omar Ali Ewado

About the author

jlschaal:

0 Commentaire

Aimeriez-vous partager donner votre avis?

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *

Laisser un commentaire